Athées : portés disparus ?

Chapitre 1

Athéisme : présentation

Il n’aura échappé à personne que les questions religieuses ont depuis quelques années pris une place importante dans les débats, les sujets de polémiques et plus généralement dans les préoccupations publiques. Un combat acharné autour de la notion de laïcité. Ces questions sont brûlantes et déchaînent des torrents de haine, d’invectives, d’insultes, des flots de boue verbale. Diagnostiqué il y a de nombreuses années déjà par certains, le retour du religieux est bel est bien là. Il n’est plus possible de le nier ni de faire semblant de ne pas le voir – sauf à se crever les yeux volontairement.

Nous entendons tour à tour des « laïcards », des musulmans, des juifs, des chrétiens – plus rarement des bouddhistes et autres tenants de l’animisme ou du polythéisme ancien : le retour d’Héphaïstos n’est pas pour tout de suite… La parole religieuse a, semble-t-il acquis une forme de légitimité, ou du moins, elle semble inattaquable. Il n’est pas rare de voir un chef de l’Etat français recevoir les « représentants du culte » ni de placer des religieux dans les conseils d’éthique[1]. On peut critiquer tel ou tel point précis d’une religion – et encore, avec moult précautions, détours, atermoiements, euphémismes et le fameux « pas d’amalgame » répété tel un mantra en secouant la tête d’un air extatique comme en prière, au son d’une musique divine – mais la critique de la religion en tant que telle est véritablement impossible. Or, la France est le pays par excellence de l’athéisme, de l’irréligion, des bouffeurs de curés, des anticléricaux, de la laïcité, du blasphème… C’est cette tradition athée – je veux dire, vraiment athée – que je veux défendre. Plaidoyer donc, pour l’athéisme !


SOMMAIRE

Tentative de définition

  • Ce que l’athéisme n’est pas.
  • Haro sur les arrières-mondes
  • Pour un athéisme positif

Brève histoire de l’athéisme en France

  • Première étoile au ciel athée
  • De la Renaissance aux Lumières
  • Seconde étoile au ciel athée
  • Le XXème siècle
  • Et aujourd’hui ?

Tentative de définition

L’athéisme est la pure est simple négation de Dieu. La formule de l’athéisme est donnée d’emblée, par le premier athée de notre civilisation, le curé Jean Meslier : « Il n’y a point de Dieu. » Tout est dit. Circulez, y’a rien à voir. L’Encyclopédie nous dit à ce sujet :  « c’est l’opinion de ceux qui nient l’existence d’un Dieu auteur du monde. Ainsi la simple ignorance de Dieu ne ferait pas l’athéisme. Pour être chargé du titre odieux d’athéisme, il faut avoir la notion de Dieu, et la rejeter. »[2]

Ce que l’athéisme n’est pas

Un athée n’est donc pas :

  • un agnostique, qui lui, dit qu’il ne sait pas si dieu ou des dieux existent,
  • un athée n’est pas un anticlérical voltairien qui certes, combat le clergé mais croit en Dieu,
  • il n’est pas celui qui nie l’existence de tel Dieu particulier,
  • non plus qu’un hérétique, ayant de Dieu une idée non-conforme au dogme d’une religion,
  • il n’est pas un épicurien, qui affirme de les dieux existent mais ne se préoccupent pas des hommes,
  • un athée n’est pas un panthéiste à la Spinoza qui identifie Dieu à la nature – Deus sive natura nous dit Spinoza dans l’Ethique : Dieu ou la nature, c’est la même chose –,
  • un athée n’est pas non plus un tenant de la Libre Pensée défenseur de la laïcité et qui considère qu’il faut penser sans dieu.

Bref, un athée n’est rien de tout cela. Sa formule est simple, je la répète : il n’y a point de Dieu. Ce concept est l’un des plus simples de l’histoire de la pensée, et pourtant, l’un des plus mal compris…

Haro sur les arrières-mondes

Définition à laquelle il faut rajouter, je crois, un appendice. On ne saurait se satisfaire, pour circonscrire tout-à-fait l’athéisme, de son refus de Dieu ou des divinités. Car il existe des religions sans dieux, mais proposant, comme c’est le cas de l’animisme, ce que Nietzsche appelait fort à propos un « autre monde », un « arrière-monde »[3]. L’autre monde des religions, c’est en quelque sorte l’envers du décor, ce qui est certes invisibles, mais bien présent, et surtout, ce qui permet au spectacle d’avoir lieu. Un monde, la plupart du temps immatériel, intangible, parfois peuplé d’esprits, d’âmes défuntes, d’une énergie innommable. Un autre monde qui donne à notre monde sa vérité, ou, au contraire, qui n’en fait qu’un lieu de passage. Paradis, enfer, purgatoire, géhenne, au-delà, nirvana… tels sont ses noms les plus courants. Ce sont les lieux de ces « autres mondes ». Mais parfois, le réel lui-même est le lieu de l’autre monde, il est comme dédoublé : il y a lui, le réel, le monde tangible, visible, sensible, et puis il y a l’autre, mais ce sont les mêmes, ou presque. Comme un pli, comme une anfractuosité au sein des choses, ou plutôt, un miroir à peine déformant. Tel animal, tel arbre, telle pierre n’est ni un simple animal, un simple arbre, ni une simple pierre : un esprit les anime. Esprit caché, indécelable bien sûr, mais donnant à ces objets leur pleine dimension. Un « autre monde » au cœur du monde. Dans l’animisme – bien qu’il faudrait plutôt dire « les animismes », et même ainsi, cette catégorie peine à recouvrir un fait précis – les objets sont porteurs d’une âme, le vent qui souffle est un esprit, cette pierre bordant un chemin est investie d’un pouvoir particulier, cet animal fier, le totem d’une tribu qu’il convient de révérer. Matière et esprit, corps et âme. Deux réalités, deux substances.

La propension à dupliquer le réel – pour utiliser le vocabulaire de Clément Rosset – ; l’incapacité à s’en contenter ; la tentation à imaginer une réalité plus réelle que le réel et qui lui donnerait sens ; toutes ces choses sont l’instinct primordial de la religion. Dieu n’est que la figure qui parfois règne sur l’autre monde, une « incarnation » si je puis dire, sans chair ni visage. Ainsi, l’athéisme ne saurait se débarrasser des dieux sans, d’abord, détruire les « arrières-mondes » qui leur prêtent vie.

La définition de l’athéisme peut alors se formuler à peu près ainsi : ni Dieu, ni arrière-monde.

Pour un athéisme positif

Cependant, définir l’athéisme par la négative comme nous l’avons fait est un problème, lié au mot même qu’on utilise. Ce ne serait qu’une réaction aux croyances et aux religions, qu’une critique. Or, il faut défendre l’idée que l’athéisme propose une vision singulière du monde, qu’il est tout autant affirmatif que négateur. Il est négateur parce qu’il est affirmateur : faire place nette pour bâtir sur une terre solide, s’armer d’un marteau comme le fit Nietzsche pour mettre à bas les idoles, toutes les idoles, déblayer devant soi les bris des statues divines et des colonnes torses des temples. Les mots de Camus : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement »[4]. L’athée est cet homme qui, pour dire oui, doit d’abord dire non : aux dieux, aux arrières-mondes… Le temps est venu pour les athées d’être ces esprits affirmateurs.

J’aimerais préciser dès l’abord que l’athéisme que je défend n’est pas prosélyte, et que s’il attaque les religions et les croyances, les individus sont absolument épargnés par ses attaques. Une confession personnelle – une fois n’est pas coutume -, les plus belles conversations, les plus riches et stimulantes, ont souvent été avec des croyants. C’est une banalité de dire cela, mais une banalité nécessaire : l’athéisme ne préserve pas, à titre individuel, de l’erreur, de la bêtise, du sectarisme, du mépris ni de la condescendance. La critique que je porte est donc bien celle d’un fait social et spirituel, jamais des individus. A bon entendeur !

Brève histoire de l'athéisme en France

L’histoire de l’athéisme pourrait fort opportunément débuter dès l’aube de l’humanité, pour la raison qu’il existe un sentiment religieux chez l’Homme depuis toujours. On dit souvent que ce sentiment nous vient de la confrontation à la mort, au cadavre. L’inconnu radical, ce qui, par nature, nous est inaccessible, le mystère éternel… Il y a sûrement du vrai dans cette vieille idée. Il existait des athées dès les âges antiques, en Grèce et à Rome. Mais je me concentrerai ici sur la France pour cerner d’un peu plus près le problème qui m’occupe.

Première étoile au ciel athée : Jean Meslier

Premier athée présumé de notre civilisation, le curé Jean Meslier qui, à sa mort en 1729 dévoile son Testament, un brûlot athée d’une violence inouïe jusqu’alors et jamais reproduite depuis. Un char d’assaut de l’athéisme, un bulldozer, une cargaison de dynamite… Le titre exact de ce livre est : Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, prêtre-curé d’Etrépigny et de Balaives, sur une partie des erreurs et des abus de la conduite et du gouvernement des hommes, où l’on voit des démonstrations claires et évidentes de la vanité et de la fausseté de toutes les religions du monde, pour être adressé à ses paroissiens après sa mort et pour leur servir de témoignage de vérité à eux et à tous leurs semblables. Qui a dit titre à rallonge ? Il y attaque sans ménagement les fables bibliques, ces fariboles que pourtant, il enseigne à ses ouailles, pointant les contradictions du texte. Il en appelle à la raison, si maltraitée par les mythologies religieuses.

Dès son apparition dans l’histoire des idées, l’athéisme est une pensée de combat qui s’associe à une vision politique que l’on pourrait dire – gare à l’anachronisme – de gauche. Meslier se révèle un précurseur du communisme, critiquant très violemment la noblesse et faisant l’éloge des petites gens et des miséreux. Il pose les jalons d’une politique communaliste et collectiviste. Il appelait, en une formule restée célèbre, à ce que « tous les Grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus avec les boyaux des prêtres. » Tout un programme !

On ne va pas s’étendre : il affirme l’inexistence de Dieu, du dieu chrétien et de tous les dieux, détruit l’idée de vie après la mort, du paradis et de l’enfer, fait preuve d’un matérialisme radical… Bref, tout y est déjà. L’athéisme surgit armé de pied en cap, tel Minerve surgissant de la tête fendue de son père Jupiter. Cette idée révolutionnaire naît en France et inaugure une belle tradition de pensée : la première des Lumières est un phare dans la nuit, un brasier, un feu de joie.

De la Renaissance aux Lumières

Avant cela, nombre de penseurs avaient préparé le terrain. La Renaissance et la critique féroce du clergé, et là, citons par exemple Erasme de Rotterdam ou en France, le génial François Rabelais, puis, au XVIème siècle Montaigne bien sûr, puis Descartes au XVIIème, qui, bien qu’essayant de prouver à de multiples reprises l’existence de Dieu essaie de penser l’homme sans lui. Le fameux cogito, bien qu’empruntant assez largement à Saint Augustin, fonde l’existence de l’homme non pas sur Dieu, comme c’était le cas, mais sur la possibilité de la pensée : un grand mouvement d’autonomisation de l’homme est impulsé. Il en va de même avec la morale : dans son Discours de la méthode, Descartes propose ce qu’il appelle une « morale par provision » totalement détachée des commandements divins. Hors de France, Spinoza propose une des premières lectures historiques des textes sacrés, une lecture critique qui fera des émules durant des siècles. De plus, son panthéisme (identification de Dieu et du monde), est très vite perçu comme une version de l’athéisme. Son Dieu n’est pas une entité ayant une volonté personnelle, des passions, une figure particulière séparée du monde et fait d’une substance radicalement différente… Le dieu de Spinoza, c’est la Nature, mais une nature un peu particulière. Dieu s’estompe comme un visage dans le sable.

Les libertins français du XVIIème s’émancipent peu à peu de la religion. Personne n’est athée à cette époque, les philosophes Gassendi et Pierre Charron, des figures absolument majeures, sont même des hommes d’église. Ils continuent l’oeuvre de Montaigne et permettent progressivement à la Raison de s’infiltrer dans les consciences, comme un long travail de sape. C’est l’époque où, mû par l’envie de découvrir le monde, notre monde, notre Terre, on se détourne du Ciel. Les Grandes Découvertes, du XVème au XVIIème siècle, nous font découvrir la vastitude du monde, d’autres coutumes, d’autres lois. Découvrir un continent, c’est découvrir tout un monde. Les cabinets de curiosité recèlent mille et mille créatures bizarres, des roches chamarrées, des feuilles aux nervures étranges, des os dessinant des silhouettes inimaginables… la Nature se donne à voir dans toute son exubérance, et si, dans un premier temps, elle nous semble l’oeuvre d’un Créateur d’autant plus génial, elle va peu à peu nous en détourner. Plus on se fascine pour la Nature, plus on la comprend, plus les mythes reculent.

La France des Lumières connaît certaines grandes figures de l’athéisme : Diderot à la fin de sa vie se range à ses côtés, le baron d’Olbach, moins connu, auteur matérialiste du Système de la nature, le marquis de Sade et son athéisme noir, gothique… Mais ne nous y trompons pas, le Siècle des Lumières n’est pas un siècle athée : ni Voltaire, ni Rousseau, ni Montesquieu, ni d’Alembert, ni Fontenelle, ni Helvétius, ni Condorcet ne sont athées. Anticléricaux, oui, pour la plupart, mais ils sont croyants, à leur manière. L’Encyclopédie, l’une des points culminants du siècle, condamne fermement l’athéisme. Le matérialisme apparaît en France au début du XVIIIème siècle, avec notamment le philosophe La Mettrie. Bien que croyant en Dieu – un certain dieu… –, il refuse l’existence d’une âme immatérielle, distincte du corps. « Il n’y a dans tout l’Univers qu’une seule substance diversement modifiée » écrit-il dans l’Homme machine, son ouvrage majeur. Variation sur le thème de l’athéisme.

La Révolution Française n’est pas non plus athée, bien que violemment anticléricale. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen se place d’ailleurs sous l’égide de l’Etre Suprême…

Au XIXème siècle, le développement des sciences de la nature et de la Libre Pensée verra grossir les rangs athées, et à leurs côtés, l’athéisme révolutionnaire, issu du communisme, du socialisme, de la pensée libertaire, fournira son contingent d’esprits et de penseurs athées. Proudhon, Blanqui, Fourier… Quelques  noms en passant. Là encore, remarquons que l’athéisme reste attaché assez souvent à une pensée politique de gauche, bousculant les ordres établis. La pensée athée est, par nature, subversive. Les libres penseurs sont des rationalistes qui, pour la plupart, font l’économie du divin. Pour eux, le monde peut être appréhendé par le simple usage de la raison. La Science devient donc la meilleure démarche de connaissance, la religion est reléguée à la sphère étroite des croyances personnelles.

Seconde étoile au ciel athée : Nietzsche

Penseur allemand qui n’entre pas dans l’histoire française de l’athéisme, et pourtant… Il est celui qui donne sa pleine dimension à l’athéisme. En affirmant la mort de Dieu, il nous enseigne aussi que cet acte de décès n’est pas suffisant. Il nous faut également nous débarrasser des avatars de dieu, de la pensée divine. Nier l’existence de dieu ne suffit pas, il faut nous attaquer maintenant à ce qui était accroché à la croyance en Dieu. Nous défaire de l’ombre de Dieu. C’est un athéisme exigeant, toujours insatisfait, un ouvrage à jamais inachevé, à remettre sans cesse sur l’ouvrage, car Dieu nomme, en plus d’une entité transcendante – version barbu ridé ou être non figurable et nébuleux – un rapport au monde. Mais faire de Nietzsche un athée ne va pas de soi. S’il s’oppose au christianisme, et propose une vision du monde qui se veut débarrassée d’arrières-monde, il résiste, comme toujours aux catégories. Mouvante, changeante comme la vie même, sa pensée ne se laisse contraindre par aucun cadre prédéfini. Peut-être Nietzsche était-il le dernier Grec d’Europe, croyant aux forces vitales de Dionysos…

Le XXème siècle

L’athéisme en France, donc, poursuit son combat au XXème siècle, encore dans les milieux radicaux de gauche : Sartre pour citer une de ses grandes figures. Bien sûr, ne soyons pas trop caricaturaux, il existe un athéisme « de droite », et il ne s’agit pas de le nier. Seulement de dire que le lien de l’athéisme à une pensée « de gauche » est fort, profond et originel. La pensée athée est un marqueur très important dans l’histoire du socialisme (au sens le plus large du terme) et de la gauche. En parallèle, l’athéisme poursuit son ascension fulgurante dans la société, il se diffuse à grande échelle, notamment grâce au triomphe des discours scientifiques. On enseigne la théorie de l’évolution, la cosmologie scientifique, on pénètre les mystères de la matière et du vivant… L’homme n’est plus une création divine apparue un beau jour telle quelle, l’Univers n’a plus 6 000 ans, on découvre que l’âme est singulièrement matérielle… Une ascension fulgurante de l’athéisme en France.

Et aujourd’hui ?

L’athéisme a presque disparu des discours politiques et intellectuels. Très peu d’intellectuels, à ma connaissance, qui fassent état publiquement de leur athéisme : Michel Onfray, qui l’a même théorisé, avec son Traité d’athéologie, ou Yvon Quiniou par exemple. D’autres intellectuels sont également athées, ou incroyants (bien que les deux concepts ne soient pas strictement équivalents) mais rares sont ceux qui en font un point crucial de leur vision du monde, qui l’expriment haut et fort. L’athéisme est, au contraire, le plus souvent relégué à la sphère privée, il est une question mineure. Nous assistons bien plutôt à un retour en force du religieux, et à la conversion de toute une partie de l’intelligentsia gauchiste des années 60 à 80. Benny Lévy, ancien secrétaire de Sartre, compagnon de route du Maoïsme tenant d’une gauche radicale, se convertit au judaïsme à la fin de sa vie, il n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Pour ceux qui n’accomplissent pas cette conversion, il y a une tolérance vis-à-vis des religions tout-à-fait inhabituelle dans les milieux de la pensée radicale. Le philosophe communiste Alain Badiou est exemplaire de ce mouvement-là, lui qui considère la question athée secondaire et voit dans les religions – et l’islam en particulier – non pas un fait premier à analyser en tant que tel, mais un produit du capitalisme. Dès lors, une critique de la religion est inutile, pire, pour Badiou, elle fait courir le risque de nous distraire de la lutte contre le capitalisme.

Ce très bref panorama de l’athéisme montre deux choses :

  • Une tradition athée très forte en France, une pensée puissante, souvent associée aux mouvements « de gauche » ;
  • Une disparition de cette tradition aujourd’hui, avec au mieux un désintérêt, et au pire une condamnation de l’athéisme.

C’est cette disparition qu’il nous faut interroger.

J’entends déjà l’objection suivante, qui vous brûle sans doute les lèvres : « oui mais c’est parce que l’athéisme a gagné dans la société, parce que les français sont athées, et qu’aujourd’hui, ce sont les religions qui sont attaquées ! » Cela n’est pas tout-à-fait exact… 


[1] Le fameux Conseil Consultatif National d’Ethique comporte en son sein 5 personnalités « appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles ». Passons sur l’arbitraire qu’il y a à réduire les « familles philosophiques et spirituelles » au nombre de 5, passons aussi sur la périphrase très subtile pour ne pas dire « religions »… Mais ne passons pas sur le fait qu’il y ait effectivement un « représentant » de l’islam, du judaïsme, du catholicisme et du protestantisme, et un philosophe, Frédéric Worms – par ailleurs tout-à-fait estimable –,mais pas d’athées. Un tiers de la population environ est athée, on aurait pu penser qu’il y avait matière à en faire une « famille philosophique » digne d’être représentée…

[2] L’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, tome III, définition « Athéisme »

[3] Le gai savoir, paragraphe 151, « De l’origine de la religion » trad. Henry Albert.

[4] Incipit de L’homme révolté.

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