Zéro de conduite

Carnets d’après-campagne

Michel Onfray

Editions de l’Observatoire, avril 2017


La trilogie présidentielle s’achève donc. Après Décoloniser les provinces et La cour des miracles, le philosophe caricaturiste revient avec Zéro de conduite, qui suit cette fois les premiers pas du président Macron. 84 chroniques au fil de l’eau, grinçantes, mordantes, piquantes, mais toujours aussi jouissives. Le livre s’ouvre tout naturellement le soir du 7 mai 2017 par une chronique intitulée « Zorro est arrivé« . Le décor est planté.

L’on pourrait reprendre l’essentiel de l’article consacré au tome précédent : le style est le même, toujours aussi drôle, ironique, toujours aussi incisif. Onfray est tel le Cyrano de la pièce de théâtre, à la fin de l’envoi, il touche. Il touche même diablement juste, entre les omoplates. Et tout le monde y passe. Ses banderilles sont bien aiguisées, l’arène est prête – l’arène politique cela va sans dire –, les taureaux sont là, dans l’obscurité d’abord, baveux, le mufle mousseux et luisant, leurs sabots raclent la poussière sanglante et lourde de l’écume de leur bave qui s’égoutte, ils s’agitent dans leurs torils, ils balancent la tête de droite et de gauche comme pour encorner un ennemi invisible car leurs yeux sont bandés, et puis tout d’un coup, un silence infinitésimal mais glacé : la porte du toril s’ouvre, le bandeau couvrant les yeux des taureaux sont arrachés et les animaux sont brutalement heurtés par un mur de cris, de hurlements et de lumière. Sourds et aveugles, ils s’élancent. Le combat démarre. Et bientôt, ce sera l’estocade.

Macron en prend pour son grade

Il est le personnage central de ce dernier tome : le président Macron, le nouveau président, est rhabillé pour l’hiver. Et pour l’hiver d’après. La « macronie » n’est pas en reste : Brigitte Macron (« Marie-Antoinette »), Richard Ferrand, François Bayrou (« Monsieur Propre »), Gaspard Gantzer, Sibeth Ndiaye, Nicolas Hulot etc. Mais au-delà des piques et des saillies, Onfray montre, si besoin en était, de manière à mon avis définitive, à quel point le « nouveau monde » est vieux, croulant, décati, éculé. Ce monde crasseux et répugnant d’individus louches, magouilleurs, de menteurs, de carriéristes à la veste usée d’avoir été tant de fois retournée, d’élus sans conviction ni idée ni projet – à part de servir leurs intérêts propres -, ce marigot puant et glougloutant de vieilles combines, de crapuleries d’alcôves, de resucée de vieux discours des années 80, de recettes ayant déjà fait la preuve de leurs échecs mais resservies à toutes les sauces… Ce monde macronien est un vieux monde, un très vieux monde. Lire Zéro de conduite suffit à démonter toute tentative de nous faire croire l’inverse.

Sous la plume de Michel Onfray, Emmanuel Macron devient un président enfant, un gamin perdu sans sa maman qui pourtant joue au gros dur, un président minable se prenant pour la réincarnation du général de Gaulle, mais à qui « il manque 23 centimètres d’Histoire », un homme infatué de lui-même mais méprisant son peuple et détestant la France, un suppôt de l’Europe libéral maastrichtienne, prêt à tout pour que périsse la France, un homme qui n’existe que dans l’œil des caméras…

Opposé à l’opposition

Mais ce livre ne tape pas que sur notre bon président. Une autre cible favorite d’Onfray dans Zéro de conduite : les insoumis, parfois très soumis. Il dézingue Jean-Luc Mélenchon le « robespierriste en peau de lapin » et ses accointances douteuses avec les dictatures pourvu qu’elles fussent de gauche, il éreinte le couple Corbière-Garrido, leur habitation à loyer très modéré, et les incartades télévisuelles et ardissonesques de madame (« fraise Tagada »), il moque l’opposition en carton de qui se prend pour Jean Moulin avec pour tout fait d’arme le refus de la cravate… Un seul, peut-être, est du goût d’Onfray, François Ruffin, insoumis à l’endroit du Mélenchon – « l’insoumis en chef » – lui-même.

L’opposition, c’est aussi Les Républicains : NKM et ses vapeurs, Wauquiez et sa parka – à quoi se résume d’ailleurs son programme… – , Fillon et ses costards… Le Front National : Philippot et Marine Le Pen, « la tête et les jambes », jambes acéphales depuis que Philippot s’est fait débarquer, Le Pen père, Le Pen nièce… Les socialistes : morts et enterrés. Etc.

Information piège à con

Enfin, l’autre cible privilégiée de ce Zéro de conduite sont les journalistes et les grands médias. Plus particulièrement leur propagande cynique ayant abouti à l’élection de Macron en mai dernier. Leur propagande à peine déguisée pour l’Europe maastrichtienne, leur propagande toujours pour tout ce qui se fait de libéral en ce monde. Parfois tirant les ficelles, parfois pantins à leur tour. Plus globalement, ce qui est dénoncé page après page est la politique spectacle, la « com’ » en lieu et place des idées. Avec notre nouveau président, plus qu’avec l’ancien (« Sphincter Ier » comme il était surnommé dans le tome précédent), tout n’est que communication, apparaître, vacuité de l’image. Voilà qui tue sûrement la politique à petit feu dans notre pays. Le décalage entre les actes et les paroles, le pratique et le symbolique. Le symbolique est en faveur des petites gens, certes, mais les actes toujours en faveur des puissants et des fortunés. Consolez-vous braves-gens, vous avez les mots…

Bref, vous l’aurez compris, une vision désabusée de la politique et des politiques. Un livre qui se lit d’une traite, un retour sur une année mouvementée, mais finalement, assez drôle. Car il vaut mieux en rire…


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