L’Auberge rouge

Honoré de Balzac

1831


Dans cette aventure balzacienne, un peut de repos ne serait pas de trop. Nous ferons donc une halte salutaire dans cette auberge qui se profile à l’horizon et dont la silhouette produit un « piquant effet sur le paysage ». Car, voyez-vous, cette maison est toute de pourpre vêtue. On y mange bien, on peut y faire, c’est dire, un « festin de prince », on s’y repose tout son content et l’on repart. Profitez donc des charmes du lieu – de l’Auberge rouge…

L’Auberge rouge est un roman qu’Honoré de Balzac fit paraître en 1831 dans la Revue de Paris et qui fut intégré parmi les Etudes philosophiques de l’immense Comédie Humaine en 1837. Ce roman faussement simple qui allie le plaisir du romanesque, du fantastique et du roman policier, permet cependant, au lecteur appliqué, d’approfondir le sillon que creuse Balzac dans la psyché humaine. Mais ici, Honoré de Balzac met aussi à profit son goût pour le roman noir, le fantastique à la Hauffmann, le spiritisme et la parapsychologie. Dans L’Auberge rouge, peut-être plus que dans les autres romans que nous avons explorés, la réalité est subtilement déformée par un je-ne-sais quoi de bizarre, comme un reflet mal à-propos, une ombre grotesque ou une étrange déformation des perspectives, comme cela se produit dans le rêve ou le délire. Un presque rien dirait Jankélévitch, que l’on pourrait ne pas voir, mais qui fait que le fantastique est bien là, tapie au fond des choses.

Balzac, nous l’avons vu à maintes reprises déjà au cours de nos pérégrinations, croyait à une forme de nature humaine, comme tous les moralistes, dont il est. Mais ce n’est pas tout. Il existe aussi chez Balzac un destin, un fatum dirait Nietzsche, ou plutôt un ordre dans la nature comme dans la société et les rapports humains, contre lequel on ne peut s’élever qu’à nos risques et périls. La vieille idée en somme qu’il y a « des choses qui ne se font pas ». Déranger ces lois non écrites, informulées, c’est provoquer le courroux de quelque divinité – transcendante ou immanente peu importe –, c’est tomber dans la tragédie au sens grec. L’Auberge rouge explore à sa manière cette idée, entre autres. Idée conservatrice, certes, mais qui a su, en son temps, faire toute l’admiration de Karl Marx soi-même.

Argument

« En je ne sais quelle année » (ainsi commence le roman), le narrateur est invité à une fête dédiée à « un bon gros Allemand », une de ses connaissances au deuxième degré. Après le repas, monsieur Hermann – l’allemand – est prié de raconter une histoire, il s’exécute.

Il raconte donc une de ses mésaventures de jeunesse, en Allemagne, au cours de laquelle deux jeunes français s’en vont rejoindre leur brigade. Ce faisant, ils passent la nuit à l’Auberge rouge, « à une centaine de pas d’Andernach », leur destination. L’Auberge est pleine, plus une chambre libre. Mais on y sert tout de même un repas revigorant et l’aubergiste, homme d’affaire, leur prête sa propre chambre pour la nuit. Au cours de ce repas, un dernier voyageur franchit le seuil de l’Auberge rouge, un « gros petit homme derrière lequel marchaient deux mariniers portant une lourde valise et quelques ballots ».

Les français, Prosper Magnan et son comparse – dont le nom ne revient pas à M. Hermann –, apprennent bientôt que la valise contient un trésor : « cent mille francs en or et en diamants ». De quoi attiser les convoitises…

Dans la nuit, un acte d’une sauvagerie sans nom se produit, et, au matin, le voyageur est retrouvé décapité, sa valise a disparu. Prosper est accusé du meurtre, mais est-il vraiment coupable ?

Comme souvent chez Balzac une œuvre à tiroir : les récits s’enchevêtrent. Le récit de M. Hermann fait place au cas de conscience amoureux du narrateur. Sans entrer dans le détail, afin de ne pas gâcher l’histoire, disons que Balzac aborde ici des questions comme celles de la prescription, ou de la transmissibilité du crime. Le fils ou la fille sont-ils eux-aussi souillés par les sombres agissements d’un géniteur ? Balzac nous laissera finalement sur un interrogation, comme s’il nous invitait à nous interroger : qu’aurions-nous fait ?

Un petit roman, certes, mais un petit plaisir de lecture, à lire pour découvrir une autre facette de son œuvre.

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